Rois du Monde – Tome 1 – Même Pas Mort de Jean-Philippe Jaworski

. Rois du Monde Tome 1 Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

Les moutons électriques 297 pages

. Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.

Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

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A l’abordage ! Mesdames et messieurs veuillez rester assis devant vos écrans, ceci est un détournement de blog. Je viens de lire un livre que j’ai tellement aimé que je me devais de le porter aux nues devant un public.

Comme je ne suis qu’un gueux du Web, je me suis vu contraint de me livrer à un acte de piraterie sur le blog de la pauvre Eirilys, qui n’en demandait pas tant.

Veuillez donc souffrir, mesdames et messieurs l’éloge dithyrambique et sans nuances de Même pas Mort de Jean-Philippe Jaworski, premier tome de la trilogie Rois du Monde, qui sortira le 23 août. J’ai rédigé ce texte à chaud alors que je venais juste de finir ma lecture. Je voulais commencer un autre livre dans la foulée, comme ma boulimie littéraire l’exigeait, mais ce fut impossible tant ce roman m’a captivé dans son univers dépaysant et riche d’antiquité celtique.

Vous l’avez compris Même pas Mort est un de ces livres dont on a du mal à sortir une fois terminé.

On va commencer par la fin si vous le voulez bien, et parce que j’en ai envie.

Donc la fin, pas de cliffhanger insoutenable, pas de conclusion en eau de boudin, la plupart des questions soulevées dans ce premier tome sont résolues et le livre se suffirait presque en lui même, vu que l’on y découvre la jeunesse du héros et son entrée dans le monde des adultes. Et pourtant je suis vraiment resté frustré, sur ma faim, comme un chien affamé à qui on retirerait un gigot de la bouche. On a tellement envie de savoir la suite, d’accompagner le héros dans ses futures pérégrinations, de découvrir ce monde brut et sauvage. J’ai regretté de ne plus pouvoir me régaler de ce délicieux bouquin.

Je ne sais pas pour vous mais pour ma part la lecture s’apparente fort à la nourriture et quand je déguste un bon pavé j’ai souvent l’impression de m’attabler devant un bon repas. Pour Même pas Mort j’ai eu la voluptueuse impression de déguster un plat savoureux à chaque page.

Pas de surprise pour ceux qui ont lu les précédentes œuvres de Jaworski, l’auteur manie très bien la langue française, et la virtuosité des dialogues ainsi que l’efficacité des descriptions sont toujours aussi jubilatoires.

Le vocabulaire et la façon de parler des différents protagonistes n’est pas la même selon leur classe sociale, leurs caractère ou la personne à qui ils s’adressent. On passe donc, du langage ordurier et gouailleur pour des guerriers se défiant sur le champ de bataille, au parler effronté et irrévérencieux de galopins nobles, jusqu’aux vers habilement tournés et joliment rythmés d’un barde à la cours d’un roi.

Tant qu’on parle de la langue, au début de la lecture le vocabulaire employé est parfois déroutant et obscur, voire tout à fait inconnu pour le profane en civilisation celtique. Termes archaïques de vénerie ou d’objets oubliés, noms de peuples celtes ou de lieu, rangs druidiques, bref, pas mal de mots qui ont fait défaut au béotien que je suis. J’ai dû passé la première partie du livre avec internet et une carte des peuples celtes à portée de main pour situer l’action ou pour éclairer ma lanterne. Ce n’est pourtant pas indispensable pour comprendre le récit mais il serait dommage de passer à côté. Finalement on apprend des choses, et vers la moitié du livre tout ces termes barbares nous sont devenus familier.

Mais assez parler de la forme et attaquons nous au fond. Il est plus que temps que je vous parle de l’histoire.

L’action se passe au temps de l’apogée de la civilisation celte, en gaule, quand les contacts avec les autre civilisations venaient juste de commencer.

Notre héros et narrateur, Bellovèse, est le fils d’un roi déchu, tué par le frère de sa mère : Ambigat, le roi d’un royaume voisin, lors d’une guerre. Le vainqueur, par égard pour les liens de sang qui les unissent, condamne donc sa sœur et ses deux neveux à l’oubli dans l’exil, plutôt qu’à la mort. Mais en arrivant à l’âge adulte, Bellovèse et son frère Ségovèse commencent à devenir potentiellement gênant. Et quand leur oncle décide de les envoyer à la guerre, tout porte à croire qu’il espère que le fracas des armes lui enlèvera bien commodément cet épine du pied. Lors de son premier combat, Bellovèse est effectivement touché à mort, mais refuse étrangement de mourir. Vous avez maintenant compris le titre du bouquin au passage.

Dans ce tome donc, On on suit la jeunesse du héros et son entrée dans le monde adulte. L’histoire commence de façon très réaliste et verse peu à peu dans le fantastique. Même si plusieurs indices et éléments peuvent nous faire douter du récit du héros ou de la signification qu’il donne à certains évènements, qui pour un esprit de notre époque plus éclairé sur la médecine par exemple, peuvent être interprétés différemment. Surtout que notre narrateur est en fait Bellovèse qui après une longue vie bien remplie, la raconte à un marchand grec pour la postérité de sa légende. Au lecteur de voir donc, si le glissement progressif vers les mythes et le légendaire est bien réel ou peut s’expliquer par la superstition et l’ignorance de l’époque et par le désir du conteur d’embellir sa vie. Il faut voir maintenant si les prochains tomes nous maintiendront dans l’incertitude ou confirmeront si cette dimension fantastique du monde est véridique.

La narration de Bellovèse est décousue chronologiquement et des événements parfois éloigné de plusieurs années se chevauchent et s’entrelacent dans son histoire. Mais l’ensemble est étrangement harmonieux et cohérent et sert parfaitement le récit. Je me suis d’emblée retrouvé dépaysé et transporté dans ce monde celte, son peuple rude et raffiné à la fois, sa nature majestueuse, encore sauvage et mystérieuse, dont les immenses forêts profondes et somb
res, où se terrent des bêtes et des choses inconnues et dangereuses, inspirent la crainte aux humains superstitieux vivant à leurs lisières.

Au final tout se conjugue pour rendre la lecture de ce livre inoubliable et délicieuse. Je ne peux que vous le recommander chaudement et vous encourager à vous jeter dessus sans réserve. Pour rester dans ma métaphore dinatoire, si je devais lui donner une note je lui attribuerai celle de : Magret de canard au foie gras/20

Et je vais dès a présent commencer un lent travail de sape pour que la pauvre Eirilys place Même pas Mort en tête de sa PàL.

Je lui rend maintenant son blog et retourne relire le disque-monde pour essayer de calmer ma faim.

Freemanz

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About Perlesvaus

Ours grognon qui flâne parfois dans les dédales de la bibliothèque d'Hurtfew.

8 comments on “Rois du Monde – Tome 1 – Même Pas Mort de Jean-Philippe Jaworski

  1. Eh bah dis donc, en voilà un billet enthousiaste ! Je suis contente de lire que la fin du premier tome, même s’il donne la sensation de retirer un os de la gueule d’un chien, n’est pas insoutenable question suspense …. car c’est très pénible lorsqu’on entame une série et que l’on sait que la suite n’est pas pour tout de suite, du coup cela me donne envie de me le procurer, j’adore de toute façon cet auteur ^^

    • Oui j’ai trouvé que c’était une vraie conclusion à la première partie de l’histoire, après il y a heureusement pas mal de questions et de mystères laissé en suspens.
      J’espère que les prochains tomes seront plus copieux tout de même.

  2. Tu me ferais presque craquer dis donc ! En plus il est à la maison donc la tentation est double, tu m’aides pas à faire baisser ma PàL ><

    • Genre tu m’écris ça alors que t’es assise à côté de moi. Pour la peine je vais t’embêter encore plus.

  3. Ahah 🙂
    Quand j’ai lu « détournement de blog », je me suis demandée ce que tu nous faisais Eirilys… avant de lire « un gueux » à la ligne suivante 😉
    Quelle chronique, j’espère te revoir par là Pirate Freemanz. Je n’ai jamais lu cet auteur, mais peut-être devrai-je faire connaissance avec la plume sur une autre de ses œuvres ? Surtout que les séries et moi ne sommes pas copines, je manque de patience pour la parution.

    • Les deux prochains tomes sont annoncés pour 2014 et 2015, si les dates sont respectées l’attente ne devrait pas être trop longue.
      SI tu veux découvrir l’auteur, Jaworski a aussi écrit Janua Vera, c’est un recueil de nouvelles dans une univers du style renaissance italienne mâtiné de fantastique.
      Je suis pas trop recueil de nouvelles d’habitude, mais celles là servent bien à mettre en place l’univers et à découvrir les différentes strates de la société qu’il a inventé. Et puis il change de style à chaque nouvelle et ça marche bien.
      Si tu le lis et que ça t’as plu tu peux ensuite continuer avec Gagner la Guerre, qui reprend un protagoniste d’une des nouvelles dans une plus longue histoire, qui se suffit à elle même. J’ai beaucoup aimé aussi mais je vais pas m’étendre.
      Donc avec ces deux livres pas de risques de souffrir du syndrome des séries si jamais tu te décides à les lire.

      • Parfait 🙂 ce sont ceux auxquels je pensais.

    • Oui, c’était un « piratage » autorisé en fait :p

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